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Craonne 1814

Lettre du fusilier Matthieu LEGOUX du 1er Régiment d'Infanterie de Ligne à sa mére (Printemps 1814):

Ma chère mére,

Après une longue marche d'approche sous la pluie, parmi d'autres traînards nous sommes arrivés sur le bivouac français prés du petit village de Craonnelle avec mon camarade Flassan.

Alors que nous nous apprêtions à dormir dans un fossé ou près d'un feu compte tenu de l'heure tardive, nous avons trouvé le fusilier Figo de notre régiment. Ce brave camarade nous a aussitôt offert l'hospitalité dans son abri et nous a permis de passer une bonne nuit au sec.

De bon matin, le petit déjeuné terminé, nous nous sommes équipés pour l'exercice et les manoeuvres de l'école du bataillon sous les ordres du lieutenant Caporali (2ème peloton - 18ème, 6ème et 1er de ligne, 17ème léger) et du capitaine Sans-Soucis (notre chef de bataillon).

A midi, le second peloton (le nôtre donc) a pour instruction de déjeuner rapidement et de partir à la recherche de l'ennemi qui a été repéré par un escadron de reconnaissance du 12ème chasseurs. Nous déjeunons sur le pouce et prenons nos sacs pour un départ au plus tôt. Une fois le peloton rassemblé, nous filons en direction du plateau de Craonne.

Arrivé à proximité de l'ennemi, nous entendons que nos tirailleurs du 17ème léger ont accroché l'ennemi. Les haies empêchent notre peloton de manoeuvrer correctement donc nous décrochons pour prendre les prussiens à revers. Une fois l'obstacle contourné, nous constatons que le 3e peloton (8ème de ligne) nous a devancé et a engagé le gros des forces prussiennes. Nous poursuivons l'ennemi sans griller une cartouche car il se retire rapidement et en bon ordre loin devant nous.

Après une poursuite au pas accéléré, le lieutenant décide de repositionner notre peloton épuisé en arrière à proximité du château. Quelques minutes après avoir pris position, les prussiens pressés par les 1er et 2ème pelotons arrivent à notre suite sur la route du château. C'est alors que nous prenons position sur le muret à côté de l'église. Surpris de nous trouver là, l'ennemi ne peut faire retraite parce que nous lui bloquons l'accès au château.

Depuis notre forte position nous faisons feu dans leur dos et les deux autres pelotons font de même face à eux. C'est un véritable massacre.

Nous retournons alors à notre camp pour soigner les blessés (dont Figo) et passer la nuit.

Après quelques heures de repos, le capitaine envoie notre peloton en patrouille. Notre rôle est de protéger nos camarades des assauts ennemis durant la nuit. Nous patrouillons en silence de manière à ne pas être repérés par l'ennemi. C'est alors que nous distinguons au loin les feux du campement prussien.

Nos hommes distinguent des formes blanches qui se détachent sur la terre sombre du plateau. Elles semblent se rapprocher et des coups de feu sont tirés pour forcer l'ennemi à riposter et dévoiler sa position. Pas de riposte mais l'ennemi reste en place. Nous décidons d'envoyer un homme pour observer de près cet ennemi immobile. Vérification faite, nous avons tiré sur des cailloux blancs et l'ennemi sait désormais que nous approchons, l'effet de surprise s'est envolé.

Le lieutenant part avec le 17ème léger pour opérer une diversion sur le côté droit du camp ennemi. Nous faisons le tour du côté gauche. Nous entendons que nos tirailleurs ont engagé l'ennemi sur la droite et forçons l'allure pour tourner notre adversaire.

Nous arrivons alors au contact d'une troupe qui fait feu sur nous. Nous répliquons tout en l'incitant à se rendre et en lui déclamant quelques noms d'oiseau en allemand. Après un moment, nous réalisons que nous tirons sur des dragons à pied qui nous prenaient pour des prussiens.

Après cette escarmouche, nous sommes partis finir notre nuit au bivouac. La nuit fut courte et nous partons à l'assaut du village sitôt le petit déjeuner terminé.

Notre peloton est sans cesse devancé à la suite des prussiens par le 3e peloton qui lui a repris des forces pendant la nuit. Nous tournons l'ennemi qui est toujours sous la pression du 3e peloton et coupons sa ligne de retraite vers son camp. Cependant l'ennemi est déterminé et nous force à reculer par une charge à la baïonnette. Nous nous replions tout en faisant feu par section durant ce mouvement. Une section fait feu puis recharge en se plaçant derrière l'autre pour recharger et ainsi de suite tout en reculant.

Les prussiens continuent de se replier vers leur camp et nous les poursuivons en progressant de la même façon (une section derrière l'autre). Alors que nous sommes sur les ruines du village de Craonne, nous continuons de harceler l'ennemi par une approche en tirailleurs. Le premier peloton ne prend pas ces précautions et attaque directement l'ennemi au pas de charge et nous passe de nouveau. Notre manoeuvre n'ayant plus d'intérêt stratégique, nous devons tourner l'ennemi une nouvelle fois pour lui couper sa retraite.

Nous nous plaçons donc en amont de l'ennemi et surgissons sur ses arrières comme d'habitude. En manoeuvrant, nous distinguons le 1er peloton qui s'est joint au 3e pour l'assaut final. Ils pressent l'ennemi. Nous lui fermons alors la route et c'est de nouveau un carnage car notre position dominante ne peut être prise par une charge à la baïonnette.

Le capitaine et le lieutenant nous expriment leur satisfaction, la bataille est gagnée.

Nous retournons au bivouac et plions bagage pour continuer la poursuite des prussiens. Petite pensée pour nos blessés du 1er de ligne: Figo pense qu'il se remettra de sa chute qui lui a plié deux doigts et fait une grosse entorse à la cheville.

Je t'embrasse et promets de t'écrire au plus vite.

Ton fils dévoué,

Matthieu

Certains reviennent avec une maraude dans le environs. 

Les soldats du régiment saxon "Prinz Anton" s'équipent.... 

...lorsqu'une patrouille de cavalerie française est repérée! 

La Landwehr prussienne occupe ses positions... 

...avec un écran de tirailleurs badois. 

Les combats seront acharnés, avec prés de 12.000 victimes...

Il n'en reste pas moins que cette bataille reste une victoire française.

Reportage de la BBC



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